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1901

RIMES SEPTEMBRALES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Belle, voici venir les heures lentes, lentes… Pose ton front rêveur au glauque des carreaux Et dilate bien tes prunelles vigilantes. Que tes yeux voient roussir dans les sentiers ruraux

La branche folle qui, triste que l'été meure, Balance au vent un vol posé de passeraux. Voici le temps où l'arbre avec ses feuilles pleure Des pleurs larges tombés par les pâles midis

Et par les minuits clairs qu'un rai de lune effleure ; Pleurs larges, neige jaune aux ornières, tandis Qu'y mettront tes pas lents un frôlement de soie Dont fuira l'essaim noir des corbeaux alourdis ;

Pleurs larges reparus dans l'or des feux de joie Que brûlent à la fois trois bûches de Noël Quand la famille au soir près de l'âtre s'éploie ; Pleurs larges effarés quand la rage du ciel

Hurlant aux volets clos et dans la cheminée Interrompt l'aïeul dans son conte habituel… Que tes yeux voient déjà la campagne fanée, L'aube retardataire et les soirs attristants

Vite venus, disant qu'agonise l'année ; Puis prépare-toi pour les songes mal contents Que t'apporte le froid comme aux vieilles branlantes Malgré ta joue où luit le rouge des vingt ans,

Car voici s'avancer les heures lentes, lentes…

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