Riches de doux trésors, l'espérance et l'amour,
Les foules vont bêlant en troupeaux nostalgiques.
Quelque soit leur destin les humains sont tragiques
Ils savent qu'ils mourront un jour.
La plus insigne brute est encore divine
Près des férocités qui mènent l'animal.
Le malaise de vivre est là. Rien n'est banal.
Une âme dans tous se devine.
Ils travaillent. Parfois ils ont de la gaieté !
Poésie, art, musique… Ils chantent ! Quel courage !
Ils ont l'ambition et la méchanceté
Parmi les malheurs qui font rage.
Ils grouillent en enfer, et beaucoup croient en Dieu.
L'espèce, obstinément, répare ses guenilles :
Sachant ce qu'est la vie ils refont des familles,
Et les suicidés sont peu.
Comme s'il n'était pas de tremblement de terre
Et comme si la foudre avait perdu ses traits,
Parmi peste et famine ils inventent la guerre,
Et s'en vont répétant : progrès.
C'est ainsi ! Naturelle ou qu'ils l'aient inventée
Tant de douleur les tord jusqu'au jour du trépas
Qu« on se demande si, la leur ayant ôtée,
Ils ne la réclameront pas.
O bêtise et génie ! Humains, mes pauvres frères
Que j'aime et que je hais si passionnément,
Laissez-moi suivre au loin vos cohortes amères
D'un éternel étonnement.