Sourd, muet — et la cécité.
Ce crâne, pourtant, nous renseigne.
L'ossature est d'un autre règne,
Il semble, dans sa dureté.
J'ai voulu redonner ses formes
A la vieille tête de mort.
Un peu de cire, un peu d'effort
Comblent les orbites énormes.
Mes doigts recouvrent le nez creux,
Et la mâchoire et la pommette,
Et, sur cette armature nette,
La tête se modèle au mieux.
O surprise ! O face inconnue
Qui se sculpte en dépit de moi !
Sur ce masque et sur son effroi
Surgit une figure nue.
Les yeux, qui paraissaient si grands,
Sont petits. Ce n'est pas ma faute.
Le front est bas, la joue est haute ;
C'est un type des plus courants.
Ainsi donc un banal visage
Recouvrait l'affreux cauchemar ;
Ces trous vides, ce nez camard
N'en voulaient dire davantage.
Un insignifiant humain
Remplace le crâne ascétique
Se substitue au fantastique
Que je regardais dans ma main.
Qu'était-il ? Un homme ? Une femme ?
Il allait, suivant le troupeau,
Sans se douter que, sous sa peau,
Tranquille, il portait un tel drame.