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1932

RÉVÉLATION

Lucie DELARUE-MARDRUS

Sourd, muet — et la cécité. Ce crâne, pourtant, nous renseigne. L'ossature est d'un autre règne, Il semble, dans sa dureté.

J'ai voulu redonner ses formes A la vieille tête de mort. Un peu de cire, un peu d'effort Comblent les orbites énormes.

Mes doigts recouvrent le nez creux, Et la mâchoire et la pommette, Et, sur cette armature nette, La tête se modèle au mieux.

O surprise ! O face inconnue Qui se sculpte en dépit de moi ! Sur ce masque et sur son effroi Surgit une figure nue.

Les yeux, qui paraissaient si grands, Sont petits. Ce n'est pas ma faute. Le front est bas, la joue est haute ; C'est un type des plus courants.

Ainsi donc un banal visage Recouvrait l'affreux cauchemar ; Ces trous vides, ce nez camard N'en voulaient dire davantage.

Un insignifiant humain Remplace le crâne ascétique Se substitue au fantastique Que je regardais dans ma main.

Qu'était-il ? Un homme ? Une femme ? Il allait, suivant le troupeau, Sans se douter que, sous sa peau, Tranquille, il portait un tel drame.

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