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1908

RÉVEILS

Lucie DELARUE-MARDRUS

En Afrique mineure, on retrouve au passage Un bout d’Europe au flanc d’un mont, dans un village Traversé. C’est, au vol, le réveil chassieux Des êtres dont l’aurore ouvre les pauvres yeux.

C’est, au sortir de la ténèbre et du silence, Le bruit et la couleur du jour qui recommencent. C’est un homme qui baille en étirant ses bras Sans sourire. C’est un cheval osseux et las ;

On lui remet, alors que clignotent ses taies. Son collier de misère au creux des mêmes plaies ; Et c’est vivre. Et la bête est triste immensément. Autant sans doute, ou plus encore que les gens…

C’est le réveil de la montagne sombre et claire Qui garde encor la nuit sur un de ses côtés. Elle reprend sa bienheureuse éternité, Massivement, face à l’aurore millénaire.

Et, pour être pareille au bel Arabe lent Qui se lève dans son manteau fatal et blanc, Elle écarte la brume et sort de ses nuages, Et crève le ciel rose avec son grand visage ;

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