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1902

RETOUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Quand je te quitte au soir avec le feu de forge De mon cœur qui flamboie et bat dans le vent froid, Le goût de mes sanglots me reste dans la gorge, Ta beauté toute nue est encore sur moi.

Et l'horreur et l'effroi de ma béatitude Où l'orgueil fut vaincu par la sensation Emportent furieusement ma passion Vers un rêve d'obscure et dure solitude.

— Ah ! pouvoir m'en aller par la rue et la nuit Avec mon seul cœur plein du regret de ma joie, Ah ! m'en aller pressée et ricanante, en proie A mon mal, sous un ciel d'où la lune s'enfuit !

M'en aller, m'en aller, noire comme une veuve Et violente et triste à mourir, à mourir ! Avec soudain le goût sinistre de courir, Le long des ponts, vers l'eau tentatrice du fleuve !

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