Je reviens d'un bien long voyage
Vers mon pays longtemps quitté
Dans mon cœur et sur mon visage
Voyez ce que j'ai rapporté !
Non. Pleins de froide indifférence,
Mes amis ne s'en soucient point.
Retour ! Ce mot, quand j'étais loin,
Me berçaient comme une romance.
Me voici ! Mon bagage est lourd,
Mon cœur bat, ma tête est trop pleine.
Mieux vaudrait peut-être leur haine
Que ce qu'ils font de ce retour.
Mais quand je serai sous ma lampe
Seule avec l'encre et le papier,
Ma main gauche contre ma tempe
Aura des chaleurs d'amitié.
Alors, retrouvant l'atmosphère
Des pays que j'ai vu là-bas,
Je me les conterai tout bas,
Et ce livre que je vais faire,
Ce livre nouveau qu'on attend,
Plein d'océan, de ciels, de cimes,
Aura cet accueil palpitant
Que me refusent mes intimes.
Les lecteurs ne seront pas là,
Pourtant, pour me dire leur joie.
Je resterai loin d'eux, en proie
A la tristesse que voilà.
La mort est très peu différente,
Sans doute. Quand je dormirai,
Quand je ne serai plus présente,
Oh ! les bons amis que j'aurai !