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1901

REQUIEM

Lucie DELARUE-MARDRUS

Requiescat sur toi, mon enfance morte. Je t'ai couverte de mes pleurs Et de mes fleurs Comme fait au petit que la fièvre emporte

Quelque mère au cœur percé des sept douleurs. Repose en paix, ô petite silhouette Mourante avec seuls deux grands yeux Très malheureux

Ouverts dans ta pâleur candide et fluette Pour qui tout était terrible ou merveilleux. Petite âme ,ne comprenant rien aux choses, Voyant la vie ainsi qu'un vrai conte bleu,

Simplette un peu, Faible de son enfance et de ses chloroses, Mais couvant déjà ses songes comme un feu, Ouvrant ces deux grands iris visionnaires

Sur des rêves si fous, si beaux d'ombre et d'or Dans un tel décor ! Puis jamais du goût de ces pensionnaires Godiches, mais naïve, humble plus encor.

Petite âme se sentant comme à la gêne Avec déjà, ô mes peurs ! de la terreur, Sans âme sœur, En défiance d'on ne sait quelle haine,

Avec surtout cette terreur plein le cœur… Requiescat sur toi, petit mausolée Que j'élève aujourd'hui dans mon cœur lassé In pace !

Puissé-je sur ma jeunesse désolée, Un jour, en bâtir un pur comme ce passé !

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