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1901

RÉPLIQUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je promène au dehors mon exaltation A grands yeux, à grands bras lyriques, A grandes ailes chimériques Par lesquelles je sais plus d'une assomption.

Robe ample au vent collée à ma beauté charnelle, Cape qui claque autour de moi, Toute ma vêture en émoi Met autour de mon corps le battement d'une aile.

Je viens à des brisants lourds à même la mer ; Elle y monte, bat, bave, mouille, Y plaque ses varechs gluants, comme une rouille, Y crache son embrun amer.

J'y reste seule en sa présence, Infime qu'une vague emporterait si bien ! A voir, plus docile qu'un chien, Se rouler à mes pieds cette toute-puissance.

Chaque lame prend son élan, Grince aux galets, recule à trois pas, se recrée Aussi forte qu'une marée, Et remonte à l'assaut de mon socle tremblant.

C'est une éternelle magie Où la mer, en cadence ou par coups furibonds, Pleure et chante à la fois dans son calme et ses bonds Sa mollesse et son énergie.

Mais moi, les poings crispés à mes deux flancs raidis Sous l'étoffe qui les enlace, Devant toute la mer qui monte et qui menace, La bouche ouverte, je le dis,

Je le hurle, je le déclame Dans le vacarme affreux que font ces flots vivants, Dans la rage des quatre vents : Le tourment de la mer est au fond de mon âme !

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