L'aventure à travers les pays parcourus,
Les plaines sans verdure où, nue et torse, brille
La Medjerda, comme une anguille,
Dans la douleur du soleil cru ;
Les jardins des villes arabes
Et d'autres ; les cités en ruine ou debout,
Carthage trois fois morte où l’orge garde un goût
Des cendres immémoriales ;
La forêt des pays Kroumirs
Où nous galopions, une rose à l’oreille.
Sur nos belles mules pareilles.
Nous délivrant de tout, même du souvenir ;
L’aurore couleur d’abricot,
Le midi, le couchant, la lune ronde et haute
Sur ces forêts où, côte à côte.
Nous vivions glorieux, seuls avec notre écho ;
Les soirs d’immense rêverie
Sur le plus haut des monts du pays vert et roux.
Lorsque, du fond de l’Algérie,
Les sommets successifs déferlaient contre nous ;
Tout cela qui’berçait notre vie ineffable.
Pour un moment, en moi, fut comme n’étant plus.
Le jour que, sans savoir, nous sommes descendus
A Tabarka, ville marine dans le sable,
Parce que la mer s’y répand
Verte, lumineuse et foncée,
Et qu’au cœur du large bleu-paon.
Toute mon âme s’est en silence élancée
Vers plus loin, vers plus beau, vers plus pur, vers plus grand
Où nous n’atteindrons pas, même par la pensée…