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1908

RENCONTRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

L'aventure à travers les pays parcourus, Les plaines sans verdure où, nue et torse, brille La Medjerda, comme une anguille, Dans la douleur du soleil cru ;

Les jardins des villes arabes Et d'autres ; les cités en ruine ou debout, Carthage trois fois morte où l’orge garde un goût Des cendres immémoriales ;

La forêt des pays Kroumirs Où nous galopions, une rose à l’oreille. Sur nos belles mules pareilles. Nous délivrant de tout, même du souvenir ;

L’aurore couleur d’abricot, Le midi, le couchant, la lune ronde et haute Sur ces forêts où, côte à côte. Nous vivions glorieux, seuls avec notre écho ;

Les soirs d’immense rêverie Sur le plus haut des monts du pays vert et roux. Lorsque, du fond de l’Algérie, Les sommets successifs déferlaient contre nous ;

Tout cela qui’berçait notre vie ineffable. Pour un moment, en moi, fut comme n’étant plus. Le jour que, sans savoir, nous sommes descendus A Tabarka, ville marine dans le sable,

Parce que la mer s’y répand Verte, lumineuse et foncée, Et qu’au cœur du large bleu-paon. Toute mon âme s’est en silence élancée

Vers plus loin, vers plus beau, vers plus pur, vers plus grand Où nous n’atteindrons pas, même par la pensée…

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