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1902

RÉMINISCENCE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je me souviendrai des soirs d'averse et de vent Où je détestais ton cœur décevant, Où je te tenais au poignet, par les berges De boue et d'ombre, lorsqu'émerge

Un feu rouge ou vert, loin sur l'eau quelque part. Je n'oublierai pas tes cheveux de clair de lune épars, Et toute ta frêle et perverse personne Ricanante et si follement anglo-saxonne,

Par ces soirs où mon âme était, en vérité, Si proche, si proche de ma volonté ! Alors , près de cette eau troublée et glauque, Je sentirai qu'en moi s'éveille l'âme rauque

Des garces et des gars manieurs de surins Qui peut-être ont porté ma race dans leurs reins, Le long des berges d'herbe où les usines grondent ; Car, moi, je sors de la foule profonde,

Et sais-je ce que je suis, ce que je peux ?… — Mais, O ! dans l'ombre où vont ton rire, tes cheveux Et tout le frisson de mon âme, Le bel et bref éclair que ferait une lame !…

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