Je me souviendrai des soirs d'averse et de vent
Où je détestais ton cœur décevant,
Où je te tenais au poignet, par les berges
De boue et d'ombre, lorsqu'émerge
Un feu rouge ou vert, loin sur l'eau quelque part.
Je n'oublierai pas tes cheveux de clair de lune épars,
Et toute ta frêle et perverse personne
Ricanante et si follement anglo-saxonne,
Par ces soirs où mon âme était, en vérité,
Si proche, si proche de ma volonté !
Alors , près de cette eau troublée et glauque,
Je sentirai qu'en moi s'éveille l'âme rauque
Des garces et des gars manieurs de surins
Qui peut-être ont porté ma race dans leurs reins,
Le long des berges d'herbe où les usines grondent ;
Car, moi, je sors de la foule profonde,
Et sais-je ce que je suis, ce que je peux ?…
— Mais, O ! dans l'ombre où vont ton rire, tes cheveux
Et tout le frisson de mon âme,
Le bel et bref éclair que ferait une lame !…