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1905

REFUS

Lucie DELARUE-MARDRUS

De l'ombre ; des coussins ; la vitre où se dégrade Le jardin ; un repos incapable d'efforts. Ainsi semble dormir la femme, « enfant malade », Qui souffre aux profondeurs fécondes de son corps.

Ainsi je songe… Un jour, un homme pourrait naître De ce corps mensuel, et vivre par delà Ma vie, et longuement recommencer mon être Que je sens tant de fois séculaire déjà ;

Je songe qu'il aurait mon visage, sans doute, Mes yeux épouvantés, noirs et silencieux, Et que peut-être, errant et seul avec ces yeux, Nul ne prendrait sa main pour marcher sur la route

Ayant trop écouté le hurlement humain, J'approuve dans mon cœur l'œuvre libératrice De ne pas m'ajouter moi-même un lendemain Pour l'orgueil et l'horreur d'être une génitrice,

Je songe qu'on n'a pas inévitablement Le courage qu'il faut pour accepter de vivre… — Et, parmi mes coussins pleins d'ombre, je m'enivre De ma stérilité qui saigne lentement.

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