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1918

REFRAIN

Lucie DELARUE-MARDRUS

Jusques au fond de ma maison Romanesque à parfum de pomme, Mesurant les fureurs de l'homme Aux soubresauts de l'horizon,

J'entends le canon de la Somme. Je m'en allais sonnant le glas Sur quelque douleur personnelle, Tout ce qu'une âme porte en elle

Qui fait qu'elle est touchée à l'aile, Chutes d'en haut, flèches d'en bas ; Tout cela, d'autres lourdes choses Que je promène en ressassant,

Certains soirs où le ciel descend Rouge et lent parmi des mers roses ; Tout cela, mes rêves moroses ; Tout cela dont je souffre en bloc,

Mon pain quotidien, en somme, Tout cela s'efface, ou tout comme : Bruit des mâchoires de Moloch, J'entends le canon de la Somme.

Le monstre vomit et se tord, Ici, dans ces profondeurs bleues, Et nous pouvons pleurer encor ? O ma peine, combien de lieues ?

‒ J'entends le canon de la mort.

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