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1901

REFLETS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je t'ai dans mes regards, la ville ! ample grisaille Que j'ai vue, accoudée aux ponts monumentaux, Les soirs que mon cœur las de n'être rien qui vaille Pesait tant vers l'horreur tentatrice des eaux.

Mes iris sont encor large ouverts sur ton fleuve Qui noyait, renversés, trop d'édifices lourds, Où, fantôme ambigu traînant des deuils de veuve, Je me savais passer lentement à rebours,

Parmi tes tours d'orgueil et tes arches famées, Alors que le couchant éclos comme un matin Ne flambait plus le ciel factice des fumées, Calmé dans les douceurs d'un crépuscule éteint ;

Alors qu'en gouttes d'or tombant une par une, Dardant la vie étrange et sourde des reflets, De toutes ses lueurs pleurait ta masse brune A même l'eau profonde et ses remous muets

Et qu'en étirements de lumière mouillée, Grouillement d'astres morts tristement submergés, Flore d'algues de feu fictive et détaillée, Spirales de phosphore aux rythmes dérangés,

Ainsi cette harmonie animale et qui bouge Luisait et redoublait lorsque, crevant les eaux, Traînant leur chevelure en flamme, verte et rouge, Dans un flot de clartés s'avançaient des bateaux.

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