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1908

RAMANDAN

Lucie DELARUE-MARDRUS

Nous respirions la nuit de rose et de gingembre Et les cires en pleurs des chandelles fondant, Quand, nuageuse un peu parle vent de novembre, Flottait, pleine, la lune, au ciel du Ramadan.

Nous aimions qu’insistât si fort une flûte aigre Et les coups indécents du contretemps d’ici ; Ombre portée au mur, nous aimions les deux nègres Compositeurs, forgeant tout ce tapage-ci,

Karakouz, papillon de nuit, ombre chinoise Se démenant au fond de son théâtre étroit. Jetant autour de lui, selon ce qu’il dégoise. Une profusion de rires ou d’effroi.

Guêpes, nous visitions la nuit de sucrerie, Les gâteaux étagés où penche un œillet vrai. L’Arabie en plis blancs nous regardait de près Sans nous voir, les yeux longs et noirs de rêverie.

— Prononcez Orient, prononcez ce mot-ci, Vous autres qui toujours pensez aux trois rois mages ! Pour nous, de chair et d’os et d’aujourd’hui, voici Que nous vivons dans Tordes très vieilles images.

La ville autour de nous poursuit sans rien savoir Sa coutume. Elle boit, mange, prie et se farde. Et nous sentons, perdus dans l'Islam et le soir. Toute l’Europe au fond de nos yeux qui regarde.

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