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1905

RACES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Vous autres qui traînez vos généalogies A travers les bonheurs et les malheurs Des âges, et croyez savoir par cœur Quel sang vous bouillonne ou vous stagne au cœur,

Vous ne me direz pas, vous, de quelles orgies De misère et d'orgueil je sors, Ni quels vivants furent les morts Dont je suis descendante au soleil d'aujourd'hui.

Ainsi, l'énigme de moi-même me fuit, Mais je sens en moi des millions d'aïeux Se battre. Et sais-je, bien ce que je veux et peux, Debout sur cette foule profonde ?

Or, sur la berge où les usines grondent, Si, des soirs, j'ai compris que je sortais des reins Des gueuses et des gas manieurs de surins Dont je frôle en passant le cousinage sombre,

Et si, dans l'oreiller de soie, Inerte d'indolente et délicate joie, J'ai frissonné tous les frissons subtils, Un regard autocrate et peureux dans les cils,

Maintenant je demande, — et de toute mon âme ! — Voire mort dans ma chair, votre mort dans mon âme, Tas de femelles et de dames Qui me circulez dans le sang,

Garces d'amour, de rêve et de sang, Filles d'honneur, filles de joie Horde en tumulte, horde interne qui s'éploie, Femmes de mer, femmes de terre,

O contradictoires, mes Mères !

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