Ceux qui n'entendent ni ne voient, que tous ceux-là
Demeurent dans le lieu commun de la morale,
Tirant la langue sous la charge capitale
Des vertus, des devoirs, remords, et cætera.
Le temple gardera pour eux ses portes closes.
Les bestiaux soumis n'ont droit qu'à du labeur ;
Les hongres n'ouvrent pas leurs yeux à la splendeur,
Et ce n'est pas pour eux que mûrissent les roses !
Pour ceux qui, s'étant mis à chercher, ont trouvé
Ou cru trouver, murés au fond de leur trouvaille,
Que leur sérénité magnifique se raille
Du déluge, à l'abri de l'arche de Noé !
Mais pour ceux qui se sont usés dans la recherche,
Dont la voix s'est faussée en des cris et le poing
Cassé contre des huis qui ne s'enfoncent point,
Les noyés dont les doigts n'ont pas saisi la perche,
Qu'ils se laissent, ceux-là, voguer au fil des eaux !
Ils peuvent terrasser l'arbre de la science
Du bien et du mal et sur lui se mettre en danse,
Malgré qu'on les regarde avec des yeux si gros,
Car c'est pour ceux-là seuls que la nature est grande,
Qui n'auront de remords que pour l'Omission,
Qui boiront et qui mangeront leur passion
Au cœur de toute source et de toute provende !