Les bois sont, sous cette pluie,
Désespérés, solennels.
Le printemps trempé s'ennuie.
Les merles sont sans appels.
Seul un corbeau qui croasse
Jette parfois une voix
Quand, parmi ces tristes bois,
A cheval, au pas, je passe.
Je cherche mes paradis
Parmi le complet silence.
Non. Les arbres sont grandis.
Rien, plus rien n'a souvenance.
Certes, tout le monde est mort,
Je suis seule sur la terre !
Quel pauvre enfant solitaire
En moi se rappelle encor ?
Poète mélancolique,
Romanesque cavalier
Foulant, sous la pluie oblique,
Ces lieux qui l'ont oublié,
Sur mon passage, les branches
Versent, on dirait, des pleurs.
Frêles anémones blanches,
Le sous-bois s'est mis en fleurs.
N'est-il pas plein de fantômes
Ce ruissellement de mai ?
« Réponds, paysage aimé !
Vers toi je tends mes deux paumes.
Où sont-ils, mes absents, dis ?
Ne vont-ils pas m'apparaître ?
C'est à ce tournant, peut-être,
Que m'attend le temps jadis ? »
Mais les bois, dans l'épouvante,
M'ont répondu : « Spectre froid,
Va-t'en, cavalier qui hante,
Car, le revenant, — c'est toi ! »