Lentement, vers l'automne artiste qui dévêt
Une nature fine et architecturale
Dont depuis si longtemps notre regard rêvait,
Courte en midis et si longuement vespérale,
Lentement, nous irons bien loin de nos maisons.
Les feuilles cherront une à une ou à poignées.
Nous suivrons, jusqu'à la clarté des horizons,
Éclaboussés du sang des arrière-saisons,
Les prés où furent nos plus chères promenées.
Énergique de la torsade des troncs forts,
Les uns encor feuillus, les autres déjà morts,
L'automne flamboiera dans des couches féroces
De rouges et de noir contredits durement
A travers le détail de son ramifiement.
Il neige d'or au vent qui frissonne ; et les cosses
Éclatent sous les pieds d'où roulent les marrons !
dans l'herbe, vont tomber quand nous y marcherons
Au fond des prés, avec un choc, les pommes grasses.
Mais le long de la source, à sentir que tu passes,
Les roseaux vont frémir tous ensemble et chanter
Comme aux mains d'un berger une harpe rustique ;
Car l'âme de l'automne, ô triste ! à ta beauté
Donne ce rendez-vous pastoral et pudique…