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1901

PROMENADE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Lentement, vers l'automne artiste qui dévêt Une nature fine et architecturale Dont depuis si longtemps notre regard rêvait, Courte en midis et si longuement vespérale,

Lentement, nous irons bien loin de nos maisons. Les feuilles cherront une à une ou à poignées. Nous suivrons, jusqu'à la clarté des horizons, Éclaboussés du sang des arrière-saisons,

Les prés où furent nos plus chères promenées. Énergique de la torsade des troncs forts, Les uns encor feuillus, les autres déjà morts, L'automne flamboiera dans des couches féroces

De rouges et de noir contredits durement A travers le détail de son ramifiement. Il neige d'or au vent qui frissonne ; et les cosses Éclatent sous les pieds d'où roulent les marrons !

dans l'herbe, vont tomber quand nous y marcherons Au fond des prés, avec un choc, les pommes grasses. Mais le long de la source, à sentir que tu passes, Les roseaux vont frémir tous ensemble et chanter

Comme aux mains d'un berger une harpe rustique ; Car l'âme de l'automne, ô triste ! à ta beauté Donne ce rendez-vous pastoral et pudique…

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