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1908

PRINTEMPS D'ORIENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Au printemps de lumière et de choses légères, l'Orient blond scintille et fond, gâteau de miel. Seule et lente parmi la nature étrangère, Je me sens m'effacer comme un spectre au soleil.

Je me rêve au passé, le long des terrains vagues Des berges et des ponts, par les hivers pelés, Ou par la ville, ou, les étés, le long des vagues De chez nous, sous les beaux pommiers des prés salés.

Roulant le souvenir complexe de moi-même Et d'avoir promené de tout, sauf du mesquin, Je respire aujourd'hui ce printemps africain Qui germe à tous les coins où le vent libre sème.

Ceux qui ne m'aiment pas ne me connaissent pas, Il leur importe peu que je meure ou je vive, Et je me sens petite au monde, si furtive !… Mais de mon propre vin je m'enivre tout bas.

Je m'aime et me connais. Je suis avec mon âge De force et de clarté, comme avec un amant. Le vent doux des jardins me flatte le visage : Je me sens immortelle, indubitablement.

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