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1901

PRINTEMPS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je voudrais évoquer à cause du printemps Quelque rêve fleurant la joie et la tendresse Où flâneraient des pas d'amant et de maîtresse Ivres de leur amour et de leurs beaux vingt ans.

Car voici sur le bleu des ciels les aubépines, Roses bouquets perdant au vent par millions Leurs pétales mêlés au vol des papillons Légers plus follement qu'un pas de ballerines.

Car voici susurrer les sursauts clapotants Des ruisseaux clairs en qui ne dort aucune lie, Et se mirer déjà quelque longue ancolie Comme une étoile au fond du glauque des étangs.

Car voici les pigeons aux saluts réciproques, Le cou gonflé d'amour et de roucoulement, Et, comme un éventail étalé largement, Ouvrir leur roue énorme et riche, les paons rauques.

Car les échos moqueurs aux gorges des coucous Et les rires aigus d'hirondelles alertes Et les cris des gibiers au sein des ombres vertes, Tous les refrains qui sont au fond de tous les cous,

Tout ceci, tout cela, l'eau qui court, ce qui passe, Le vent et la nuée en haut et le sous-bois Et les champs et la route et les fleurs et les voix, Toute cette harmonie et toute cette grâce,

C'est l'accompagnement haut et bas tour à tour Qui soutient le duo de l'homme et de la femme, C'est tout le renouveau chantant l'épithalame Pour l'auguste union d'un couple dans l'amour !

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