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1918

PRINTEMPS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le printemps avec ses pommiers, Forêt de corail blanc et rose, Brille au fond des prés coutumiers En proie à la métamorphose.

Dans des coins d'herbe où l'ombre dort, Il y a des contes de fée ; Les minces sources étouffées Font remuer les boutons d'or.

Les oiseaux dont tout bois regorge Ont mis trois œufs bleus dans leur nid, Et répètent à l'infini Les quelques notes de leur gorge.

Le parfum seul autant qu'il peut, Autour de la belle aubépine. Au bout des chemins, la colline Montre son léger profil bleu.

C'est toi, printemps ! C'est toi, miracle, Rédemption de tout ce qui meurt ! Me faut-il sentir en mon cœur Comme une bête qui renâcle ?

Je m'en vais, les sourcils froncés, A travers la charmante fête. « Qu'as-tu donc à baisser la tête ?… » Disent les chemins traversés.

‒ O pommiers, aubépines roses, Sources, oiseaux, ciel, prés, taillis, O grandes et petites choses, J'ai l'ennemi dans mon pays.

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