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1930

PRIÈRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Instinct vague, ô mon Dieu dont je ne suis pas sûre, Que je ne connais pas et qui me connaissez, Malgré tous ces présents, avenirs et passés, Je ne suis après tout qu'une humble créature.

Je vous prie aujourd'hui, vous supplie, ô mon Dieu, Avec cette âme-là que vous m'avez donnée, De faire que je sois enfin abandonnée Et que l'angoisse en moi s'apaise, s'il se peut.

Je le sais, je le sens : ne penser qu'à soi-même, S'aimer et se haïr tour à tour n'est pas bien. Je sais que, qui qu'on soit en ce monde, on n'est rien. Puisque vit quelque part votre face suprême.

Mais parmi l'univers féroce on n'a que soi, Pauvre chose qui va, mortelle et limitée, Et quand on ne sait pas si l'on n'est pas athée. Il est bien malaisé de toujours marcher droit.

l'ai fait ce que j'ai pu, je crois, pour être bonne, Pour aider, consoler, comprendre, cependant. Et s'il s'est refroidi, ce pauvre cœur ardent, T'aime autrui, puisqu'hélas ! je n'aime plus personne.

J'ai tâché d'animer la lyre que voilà, Essayé d'être droite et propre et secourable. Si pour finir, mon Dieu, l'au-delà n'est que fable, Tant pis ! J'aime encor mieux avoir été cela.

Voyez ! Longtemps encor, fatiguée, asservie, Il me faut bravement continuer l'effort. Donnez-moi le bonheur, avant la grande mort, Comme d'autres, mon Dieu, d'admettre aussi la vie.

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