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1918

PRÉSENCE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Que les pommiers d'avril ouvrent parmi l'aurore Leurs mille blanches fleurs au cœur incarnadin Ou que règne l'hiver sans feuilles et sans flore, La mer est au bout du jardin.

On l'entend de partout, furieuse ou câline, Léchant doucement l'herbe ou mangeant le terrain. Elle est là, vivant monstre impatient du frein ; La marée est sa discipline.

Oui, la mer est au bout du jardin ! Incessant, Son rythme, nuit et jour, entre par les fenêtres. On ne peut oublier, au plus profond des aîtres, Ce voisinage menaçant.

Le raclement profond des grèves qu'elle drague Berce tous les sommeils couchés au creux des lits, Et l'on devine au loin ses plis et ses replis Et la forme de chaque vague.

… Vers elle nous irons, de gradin en gradin, Par les matins de joie et par les nuits pleurées. ‒ O vie humaine, $o sœur tragique des marées, La mer est au bout du jardin !

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