Il faut que Dieu vive et que tu existes, Pour que brûle en moi cet encensoir en feu Vers ta face opposée à la face de Dieu, Bien aimé des purs, des invaincus, des tristes.
Longtemps, sans savoir, parmi tous les chants Terrestres, j’ai suivi ta voix suraiguë. Et mes yeux s’attardaient encor, la nuit venue, A voir ton manteau traîner dans les couchants.
J’ai touché ton corps luisant dans les vagues. Je t’ai respiré dans les subtils flacons. J’ai deviné parfois tes yeux troublés et longs D’idole, entr’ouverts parmi certaines bagues.
Maintenant je sais tes tours et détours Et comment tu vis dans l’énigme profonde Des lignes, dans le coin des bouches de Joconde, L’équilibre des plis, l’axe des contours.
Je sais pourquoi j’aime et hais le supplice Des dissonnants, des énervants violons Et de l’art agressif avec ses vases longs Comme empoisonnés de leur vernis trop lisse.
Je sais pourquoi j’erre avec l’âme en deuil Éprise des reflets des eaux indicibles. Sombre et sombre, les mains vers tous les Impossibles, Dans l’exaltation dure de l’orgueil.
Je sais pourquoi vont quelquefois mes songes Vers l’incomplet et vers l’indéterminé. Pourquoi me plaît le mal du baiser détourné. Pourquoi m’attire l’ombre et tous ses mensonges.
— Donc, ô toi ! présent dans tout ce chaos Qui fait mon bonheur trouble et mélancolique. Toi dont je cherche en vain la face archangélique, Prise dans les reflets, les ombres, les eaux.
Grâce ! donne-moi ta bouche de femme, Ton odeur de lys, ton regard orageux, Pour que brûle à ton souffle et se noie en tes yeux Ma sensualité qui peut-être est mon âme !
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