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1908

PREMIÈRE NUIT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le silence de la foret de chênes-lièges Monte immensément dans la nuit, Nourri des millions de furtifs petits bruits Des existences qu’on ignore et qui y siègent.

La respiration brûlante du gibier S’y mêle au cours des eaux, au frôlement des plantes, A des souffles d’humains enfouis sous des tentes Plus sauvages que des terriers.

Moi, parmi cette nuit des premiers temps du monde, J’ai couché mon front dans mes bras Et laissé s’enrouer dans ma gorge profonde Le sanglot qu’on n’explique pas,

Alors que dans l’obscurité pleine de sources Et de tant de sommeils vivants qui se sont tus, Géométrique et solitaire, la Grande Ourse Régnait à l’horizon sur des chênes crépus.

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