Ce spectre allait si vite à travers le vent ivre,
Le soir de cuivre,
Que je ne pouvais pas le suivre.
Dans la nuit des tilleuls, tes deux mains en avant,
Courant au vent
Vers le fantôme décevant :
‒ Qui es-tu ?… Qui es-tu ?… Montre-moi ton visage !
Le vent fait rage,
Mais un parfum suit ton passage.
L'ouragan fait flotter tes tragiques cheveux.
Si tu le peux,
Réponds-moi, spectre impérieux !
Et soudain s'arrêta dans le couchant extrême
La chose blême.
Alors je m'écriai : « Moi-même ! »
Et je vis, comme au fond d'un complaisant miroir,
Un regard noir,
Lourd de passion et d'espoir,
Une blancheur de lys, des lèvres carminées,
Vingt-cinq années
Riant au vent des destinées.
Je vis un front lauré de petit empereur,
Je vis un cœur
Frais comme une nouvelle fleur.
‒ Ne t'en vas pas si vite, ô vision trop brêve !
Reste, ô mon rêve,
Toi que déjà le vent soulève !
Mais l'ombre, avec un signe, avait tourné ce coin
Qui sent le foin,
Et comme je criais de loin :
‒ Où vas-tu dans le vent et dans le jour qui baisse,
Et qui te presse ?…
Elle dit : ‒ Je suis ta jeunesse.