L'ancienne maison que vous m'avez donnée
Au milieu de ses trois hectares
De jardins cultivés et d'herbages barbares,
Je l'habile parmi la gloire de l'année.
Je vois devant son seuil les deux beaux vases vieux
Qui découpent l'immensité.
Ses plafonds d'autrefois sont hauts comme les cieux,
Et ses meubles choisis sont remplis de bonté.
Aux murs sont des couleurs défaillantes d'estampes,
Puis le rire de quelque aïeule
Aux cheveux blancs de poudre et haussés sur les tempes ;
Et, même vous absent, je ne m'y sens pas seule.
Je l'aime. Elle est à moi. La lune et le soleil
Qui se jouent entre ses rameaux .
Sont à moi. Mon cœur bat d'un orgueil sans pareil
Qui ne s'exprime pas, trouvant faibles les mots.
Je l'aime et je vous aime. Et je veux, sur ta joue
Cuite au grand air, déjà hâlée,
Embrasser tout ce bien dont vous m'avez comblée,
O toi qui sais comment je m'exalte et je joue !
Dis ?… Nous irons souvent, lorsque vient, la fraîcheur,
Nous promener sous nos tilleuls,
Et nous nous sentirons amicalement seuls,
Dis, mon amour, avec l'âme de bonne humeur ?
Et quand nous rentrerons, calmes et sans chimère,
Au logis où n'attend personne,
Dans le salon, nous sentirons l'ombre si bonne
Que ce sera comme un sourire de grand'mère…