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1901

POUR UNE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le désir des amants hante le solitudes Où se complaît ton rêve impossible et hautain, Avide de capter ainsi qu'un aigle atteint Ton grand cœur désailé tombé des altitudes.

Dans ta grâce rythmique et dans ta volupté Ils détestent la route isolée où tu rôdes sans que tiennent leurs doigts tes mains ùates et chaudes, Sans que fasse leur force escorte à la beauté.

Ils regrettent ta joue offerte toute nue Comme une pêche ronde où rosit le duvet, cette bouche d'enfant dont leur baiser rêvait Et qui ne leur tend point sa belle fleur charnue.

Il regrettent tes yeux qui brûlent le regard Loin d'eux sous l'écrin lourd de tes paupières moites, Ton geste absent du leur, tes inflexions coites Et tes poses vivant leur souplesse à l'écart…

Ah ! pourquoi ta fraîcheur, puisque tu te dérobes Dans ta haute pensée et ton mal soucieux, Et pourquoi, sur ce cœur sombre et sentencieux, Ces seins vivants claustrés aux plis prudes des robes ?

Pourquoi ces cheveux fous où tout l'automne dort, Ces bras tièdes berceurs de tendresses nocturnes, Ces hanches où revit la courbe ample des urnes, Tant de jeunesse prête à l'amour jeune et fort,

Puisque, te reniant en ta chair tentatrice, Le mépris de la vie humaine et de sa loi Te fait vivre déjà comme un fantôme froid Avant que n'ait sonné l'heure libératrice ?

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