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1908

POUR UN AMI

Lucie DELARUE-MARDRUS

Nous pensions la revoir, nous ne songions à rien, Et voici qu'on nous dit tout à coup qu’elle est morte. Alors nous nous sentons frustrés de notre bien. La tombe a pris si vite un corps comme le sien,

Corps de grâce où vivait une âme fière et forte ! Où sont allés sa voix,' ses yeux au regard net. Ses mouvements exacts, sa native élégance ? Nous disions : « C’est avec son cœur seul qu’elle pense. »

Penchée au miroir pur de sa tristesse immense. Tout ce qu’elle ignorait elle le devinait. Mais vous ?… Comment finir la route commencée ? Votre âme reposait dans sa petite main,

Elle était votre épouse et votre fiancée, Elle était l’aujourd’hui, l’hier et le demain… Et vous demeurez seul au milieu du chemin ! Souvenez-vous. Elle avait peur de la vieillesse.

Peut-être cela seul calmera votre mal. De songer que ses yeux parfois, pleins de détresse. Regardaient scintiller, comme un signe fatal. Un premier cheveu gris parmi l’or de sa tresse.

Souvenez-vous, souvenez-vous de son tourment ! Jalouse, elle guettait votre désir d’amant. L’âge n’aura pas mis son masque sur sa face : Elle est partie en plein amour, en pleine grâce.

Pour rester, par la mort, jeune éternellement.

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