Toujours je me transforme et suis toujours la même
Comme la mer multiple et une d'où je sors,
Qui recule et se rue à jamais et quand même
Vers la possession des villes et des ports
Et des terres avec leurs prés et leurs bois tors
Qu'Elle n'atteindra pas de son spasme suprême.
Car longtemps j'ai longé les vagues d'autrefois
Qui gardent le contour des sirènes en elles,
Et jeté dans le vent la force de ma voix,
Et pressé ma poitrine énergique et charnelle
Comme pour maintenir sous l'effort des dix doigts
Toutes les passions de mon âme éternelle.
— Ah ! ne regrette pas l'horreur et la beauté
De la mer, demeurée au cœur de ma chair lasse !
Si, frénétiquement, mon désir te dépasse,
C'est que, brisant le sceau de notre humanité,
Mon être se débat sous le dieu qui l'embrasse !