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1902

POUR TOI

Lucie DELARUE-MARDRUS

Toujours je me transforme et suis toujours la même Comme la mer multiple et une d'où je sors, Qui recule et se rue à jamais et quand même Vers la possession des villes et des ports

Et des terres avec leurs prés et leurs bois tors Qu'Elle n'atteindra pas de son spasme suprême. Car longtemps j'ai longé les vagues d'autrefois Qui gardent le contour des sirènes en elles,

Et jeté dans le vent la force de ma voix, Et pressé ma poitrine énergique et charnelle Comme pour maintenir sous l'effort des dix doigts Toutes les passions de mon âme éternelle.

— Ah ! ne regrette pas l'horreur et la beauté De la mer, demeurée au cœur de ma chair lasse ! Si, frénétiquement, mon désir te dépasse, C'est que, brisant le sceau de notre humanité,

Mon être se débat sous le dieu qui l'embrasse !

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