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1951

Pour les plus Jeunes

Lucie DELARUE-MARDRUS

Petites qui courez avec ces yeux d'enfant Et cette avidité de devenir des femmes Et ce désir d'aimer plein vos sens et vos âmes Vers un bel avenir docile et triomphant,

Qui vous a dit tout bas que pour savoir la vie Il suffisait qu'un soir l'amour vînt s'imposer A vous, et que son doux et terrible baiser Blessât votre pudeur renversée et ravie ?

Si longtemps vous avez pâli pour cet amant Dont l'étreinte devait vous prendre jusqu'à l'âme, Vous qui ne saviez pas combien c'est gravement, Combien c'est lentement qu'on devient une femme !

Or, sachez qu'il n'est point de tendre corps brisé Qui vaille, sans la longue et profonde science — Plus nécessaire encor que celle du baiser, Du soin, de la douceur et de la patience.

Et qu'il faut que sanglote en vous en s'étouffant Toute l'illusion de la vierge légère Pour qu'ayant compris l'âme et la chair étrangères De l'homme, meure un soir votre regard d'enfant.

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