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1901

POUR D'AUTRES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Calmes élues au front de qui la gloire noue Sous les regards publics ses lauriers honoraires, Parmi l'encens banal de vos thuriféraires, Étalez votre orgueil comme le paon sa roue !

Moi, je suis la passante inconnue aux pieds lents Qui marche dans la foule en agitation, Hautaine et sans désir de sa laudation Qui fait tant de cœurs battre et haleter de flancs.

Ma Muse m'a prêté son envergure d'ange Et je sens frissonner mes épaules de femme Pour des envols si hauts qu'ils emportent mon âme A jamais loin du monde où clame la louange ;

Ma Muse a mis en moi quelque chose de plus Que des chansons d'enfant ou des soupirs éclos Pour l'hommage de ceux qui, rires ou sanglots, Bercent tout de pareils hosannas superflus.

Ma Muse a mis en moi la plainte inassouvie D'une amante qui veut un dieu pour son étreinte, Qui pour sa passion folle et jamais éteinte Cherche plus que l'amour humain et que la vie,

Le cri d'horreur, le cri mental, le cri charnel D'une qui hait la terre et, furieusement, Menant son cœur lassé vers l'impossible Aimant, Pleure, les bras tordus par le doute éternel.

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