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1908

PLÉNITUDE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Existe-t-il un pays quelque part Qui n’ait pas la couleur des heures forestières, Qui ne se creuse pas, sur des flancs montagnards. De golfes d’ombre et de lumière ?

Un pays sans le beau henné D’octobre, qui fait les fougères rousses. Un pays sans nos promenades de mousse Et leurs chemins que barre un chêne assassiné ?

Un pays qu’aucun vert lichen ne marbre Et qui n’ait pas des jours entiers Où l’on ne rencontre, au hasard des sentiers. Qu’un Arabe beau comme un arbre ?…

Pour nous, ne sachant plus que quatre horizons bleus, Des ravins moutonnants et des cimes frisées, Que la mer tout au bout des monts, et, lorsqu’il pleut. Le sursaut subit des sources improvisées,

Nous ne pouvons plus rien aimer que formes, bruits. Parfums, furtifs comme des plumes. Respirer du soleil et manger de la brume. Voir l'aube commencer à l’est de la nuit.

Et nos chers soirs où l'ombre d'une ombre nous suit, Au clair d’un tantinet de lune…

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