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1901

PLACES

Lucie DELARUE-MARDRUS

J'aime que sur la place où traîne le couchant Monte, parmi le bruit des foules, le doux chant Des eaux claires sonnant au bronze des fontaines Et que, centre au rempart des églises hautaines,

Dont le fleuve en passant fait ruisseler le seuil, Et des lourds monuments des des arches d'orgueil, L'obélisque fluet s'érige sous l'égide Des huit villes siégeant dans leur robe rigide,

Qui, sur le crépuscule où meurent les contours, Profilent en vigueur leurs chefs coiffés de tours ; Et qu'auprès, scintillant comme un ballet d'étoiles, Tournoie en titubant, névrosé jusqu'aux moelles,

Génial, amer, gai, charmant, terrible, gris, Le grand léviathan écaillé d'or, Paris ! L'ample courbe des arcs de triomphe anguleux Dont les ornements durs crèvent le ciel houleux,

Encadre le couchant qui monte et qui flamboie Au loin comme un énorme et muet feu de joie, Fond pur où les troncs noirs détachent leurs profils Avec tous leurs rameaux fluets comme des fils,

Atmosphère dorée où s'élancent les flèches Des clochers et que boit la pierre à pleines brèches, Où les carreaux de vitre et la clarté des eaux Redisent la splendeur du ciel, où les oiseaux

Laissent, portant aux nids leur butin minuscule, Au travers de leur vol passer le crépuscule… O pureté des cieux ! ô silence ! ô douceur ! Immense calme où peut se retremper le cœur,

Mourir la chair, l'esprit revenir à la règle Et l'âme déployer son envergure d'aigle !

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