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1918

PETITE ÉLÉGIE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le long des premiers sentiers d'or Où le soir déjà sent la mort, Je berce sans fin dans mon âme Un peu de charme, un peu de drame

Qui traînent dans ma vie encor. L'été s'attarde au fond du val. En moi l'archange et l'animal N'ont pas encor fini leur œuvre.

Ma séduction reste pieuvre, On me veut encore du mal. C'est l'automne qui vient, pourtant. Mon regard est moins éclatant,

La jeunesse bientôt me laisse. Oh ! Toute puissance et faiblesse, Ma beauté, toi que j'aimais tant ! Souffrir de diminution !

Quelle sera la passion Qui fera frissonner ma vie, Au jour que me sera ravie La divine sujétion ?

Hélas ! Quand il viendra, ce jour, Quand je saurai que c'est mon tour De n'être plus rien de physique, Que d'art, de livres, de musique,

Pour remplacer le simple amour !…

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