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1918

PETITE ÉGLISE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Apparue au détour de la campagne verte Après long chemin creux et tournants villageois, Une église est debout, dont la porte est ouverte Parmi des tombes de guingois ;

Une église, maison vénérable et dorée, Latin, encens au bout des espaces ruraux, Une église où reluit la fente des vitraux, Longue lézarde colorée ;

Une petite église aux sons d'harmonium Malgré que rien ne bouge au fond du vide sombre, Tout comme si c'était la solitude et l'ombre Harmonisant : Pax vobiscum.

L'harmonium jouait, voix de la pierre grise, Voix de l'ombre encensée et de l'étroit vitrail, Jouait pour les vivants qu'éloigne le travail, Pour les morts autour de l'église.

Il jouait doucement pour l'errant promeneur Qui s'arrête sans bruit, atteint au plus sensible Il jouait pour mon cœur aux écoutes, mon cœur Qui n'est qu'un cri vers l'invisible.

O calme ! O poésie ! O pur recueillement, Musique sous des doigts émus, grande prière ! Qu'on s'entretue au loin dans le même moment, Que partout il y ait la guerre !

Au fond des horizons, des soldats massacrés, Ici cette musique et ce calme et cette ombre… ‒ Salut dévotement, lorsque tout meurt et sombre, A cette église au bout des prés.

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