Pauvre morceau de bois qui n'était qu'une bûche Qu'on avait mise dans un coin Au fond du cellier noir où mainte chose juche Parmi des pommes et du foin.
A toi, ce soir, l'honneur de l'ample cheminée, A toi les grâces du salon ! Tu vas brûler afin que le temps soit moins long, Plein des tristesses de l'année.
Tu vivais autrefois à l'arbre, en quelque pré, Le printemps aux bourgeons sans nombre, L'épais été, l'automne élégant et doré, L'hiver tout blanc sous un ciel sombre,
Toutes les quatre au vent tu berçais les saisons, Deux vertes, la jaune et la blanche. Tu savais les secrets innocents d'une branche, Qui valent bien ceux des maisons…
Ce soir tu vas brûler, ô vieille chose morte ! Les secrets ne sont pas finis. Tu savais qu'une branche, une fois sèche, porte Autre chose encor que des nids.
Il va naître de toi qui n'es plus rien, des flammes ! Beaucoup plus belles que des fleurs, Les flammes, purs esprits, elfes, démons, dieux, âmes, Miracles de toutes couleurs !
Quand tu ne seras plus qu'un vieux reste de souche Où rougeoie encore un tison, Tu deviendras pareille au sous-bois où se couche Un soleil rouge à l'horizon.
Lorsque la flamme aura terminer ses désastres, Tu seras quelque chose encor. Le tison, en mourant, fait de tout petits astres, Étincelles d'argent et d'or.
Ainsi tu contenais ces elfes et ces fées, Ces étoiles, ce pourpre soir, Tout ce qui va sortir de tes fibres chauffées, Pauvre bûche du cellier noir !
Le feu qui va monter, le feu qui va descendre Sera l'ouvrage de ton corps, Et tu te survivras, après toutes tes morts, Dans la noblesse de la cendre.
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