Ils ne peuvent sentir autant que moi, les miens, France Mère, le nœud gordien qui les lie, Parce qu'ils n'ont jamais tiré sur leurs liens. Du voyage, ils n'ont su que la mélancolie
De ceux qui, l'œil perdu, rêvent d'aller ailleurs, Et pour qui le départ est la belle folie. Ils ne voient point assez, songeant à d'autres fleurs, Tes fleurs, et leur regard n'adore pas tes femmes ;
Le goût d'autres parfums leur ôte tes odeurs La France ! c'est pourtant la même race d'âmes. On y. regarde, lit, écoute comme moi, On brûle sa pantoufle au feu des mêmes flammes.
C'est la table servie où l'on mange, où l'on boit, Où l'on parle, ou l'on rit de la même manière. C'est la même coutume et c'est la même loi. C'est la patrie, enfin ! C'est cette aise plénière
Qui fait qu'on vit et meurt sans nul étonnement Dans la communauté tranquille et familière. C'est l'aiguille des cœurs vers un semblable aimant, C'est ce que nous aimons, sans nous en rendre compte
Inévitablement et passionnément. Qu'elle vienne à subir, ta France, quelque honte, Et tu verras, Français, l'unanime réveil ! Si c'est la gloire, alors comme ton orgueil monte !
C'est qu'en toi tu nourris, que tu sois jeune ou vieil Le sentiment caché d'une ancienne terre, D'un climat ancien, d'un ancien soleil. Tes yeux se sont ouverts à la seule lumière
De France, et cet éclat t'est resté dans les yeux. Aime donc ta patrie ! Aime-la, cette ornière Que te creusa la roue auguste des aïeux !
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