Maintenant j'aime mieux en rêve
Ma maison qu'en réalité.
Trop d'intrus sont venus gâter
Ce qui fut doux comme les rêves.
Certains mois de mai dans les roses,
Certains étés fous de grillons,
Certains automnes en haillons…
O souvenirs, défuntes roses !
Tant de jours lents et sans orages,
Seule avec tout ce que j'aimais !
Ce temps ne reviendra jamais.
Partout, maintenant, des orages.
Étrangers, avec votre enfance
Demeurée au sein d'autres lieux,
Pourquoi vos regards curieux
Parmi mes souvenirs d'enfance ?
Mes prés à moi ne sont pas vôtres.
Vous êtes venus de partout
Pour m'envahir de bout en bout.
Mes secrets ne sont pas les vôtres.
Allez-vous en ! Laissez-moi seule !
— Trop tard ! Trop tard ! Ils sont entrés
En foule épaisse dans mes prés.
Jamais je n'y serai plus seule.
Aussi vais-je fuir ma demeure
Pour l'évoquer tout bas de loin,
Chassée à présent de ce coin
Où seul mon fantôme demeure.