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1951

Passé

Lucie DELARUE-MARDRUS

Maintenant j'aime mieux en rêve Ma maison qu'en réalité. Trop d'intrus sont venus gâter Ce qui fut doux comme les rêves.

Certains mois de mai dans les roses, Certains étés fous de grillons, Certains automnes en haillons… O souvenirs, défuntes roses !

Tant de jours lents et sans orages, Seule avec tout ce que j'aimais ! Ce temps ne reviendra jamais. Partout, maintenant, des orages.

Étrangers, avec votre enfance Demeurée au sein d'autres lieux, Pourquoi vos regards curieux Parmi mes souvenirs d'enfance ?

Mes prés à moi ne sont pas vôtres. Vous êtes venus de partout Pour m'envahir de bout en bout. Mes secrets ne sont pas les vôtres.

Allez-vous en ! Laissez-moi seule ! — Trop tard ! Trop tard ! Ils sont entrés En foule épaisse dans mes prés. Jamais je n'y serai plus seule.

Aussi vais-je fuir ma demeure Pour l'évoquer tout bas de loin, Chassée à présent de ce coin Où seul mon fantôme demeure.

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