Que de gens t'ont chanté, Paris,
Gens de misère et de liesse !
Mais de toi l'on est tant épris
Qu'on croit inventer sa tendresse.
Qu'es-tu cependant, après tout,
Et quelle est cette âme qui hante
Maisons et monuments debout
Autour de ta Seine rampante ?
Paris, fer et pierre, parfum
De roses, de sang et d'ordure,
Toi qu'on aime comme quelqu'un
Et d'un amour qui toujours dure…
Souvent tu nous as fait du mal,
Même à nous, riches et prospères.
Que de fois notre pas loyal
Marcha sur ton nid de vipères !
Mais on ne peut pas tout vouloir,
Trop égoïstement l'on t'aime :
Dans la joie ou le désespoir
En toi chacun s'aime soi-même,
S'aime soi-même et voire autrui,
Car c'est autrui qui fait la ville…
De quelle nature subtile
Le grand cœur qui bat dans ton bruit ?
Savons-nous si tu nous fascines
Par tant de grands rêves rêvés
Ou si c'est qu'entre tes pavés
Croissent nos mauvaises racines ?
Le grandiose et le petit,
Pensée, art, plaisir, crime, histoire,
Oui, quel que soit notre appétit,
Tu nous sers à manger et boire.
Ta Notre-Dame où chaque tour
Unit la chimère avec l'ange
Nous dit ton étrange mélange
D'esprit, de chair, d'horreur, d'amour.
Ah ! Que par toi la terre crie !
Tu règnes partout de moitié,
Paris, cerveau de ma patrie,
Paris, cerveau du monde entier !