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1918

PARIS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Que de gens t'ont chanté, Paris, Gens de misère et de liesse ! Mais de toi l'on est tant épris Qu'on croit inventer sa tendresse.

Qu'es-tu cependant, après tout, Et quelle est cette âme qui hante Maisons et monuments debout Autour de ta Seine rampante ?

Paris, fer et pierre, parfum De roses, de sang et d'ordure, Toi qu'on aime comme quelqu'un Et d'un amour qui toujours dure…

Souvent tu nous as fait du mal, Même à nous, riches et prospères. Que de fois notre pas loyal Marcha sur ton nid de vipères !

Mais on ne peut pas tout vouloir, Trop égoïstement l'on t'aime : Dans la joie ou le désespoir En toi chacun s'aime soi-même,

S'aime soi-même et voire autrui, Car c'est autrui qui fait la ville… De quelle nature subtile Le grand cœur qui bat dans ton bruit ?

Savons-nous si tu nous fascines Par tant de grands rêves rêvés Ou si c'est qu'entre tes pavés Croissent nos mauvaises racines ?

Le grandiose et le petit, Pensée, art, plaisir, crime, histoire, Oui, quel que soit notre appétit, Tu nous sers à manger et boire.

Ta Notre-Dame où chaque tour Unit la chimère avec l'ange Nous dit ton étrange mélange D'esprit, de chair, d'horreur, d'amour.

Ah ! Que par toi la terre crie ! Tu règnes partout de moitié, Paris, cerveau de ma patrie, Paris, cerveau du monde entier !

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