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1932

PÂQUERETTES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Si les pâquerettes du soir, Se copiant toutes entre elles, Ferment leurs minuscules ailes Pour dormir pendant qu'il fait noir,

Si, redressant leurs fraîches têtes Aussitôt le jour revenu, Se réveillant comme des bêtes On leur revoit le cœur à nu,

C'est donc qu'elles ont quelque chose De plus sensible qu'on ne croit. C'est qu'elles ont un petit moi Parmi leur collerette rose.

C'est que le monde végétal Enraciné dans le silence Sent comme nous, sans doute pense, sans doute a son bien et son mal.

Que savons-nous des fleurs ? Peut-être Que leur parole est leur parfum ? Peut-être qu'elles sont quelqu'un Qui nous voit dans l'ombre du hêtre ?

Naissant comme nous pour mourir, Nous les imaginons inertes. Et pourtant nous savons bien, certes, Que vivre veut dire souffrir.

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