Si les pâquerettes du soir,
Se copiant toutes entre elles,
Ferment leurs minuscules ailes
Pour dormir pendant qu'il fait noir,
Si, redressant leurs fraîches têtes
Aussitôt le jour revenu,
Se réveillant comme des bêtes
On leur revoit le cœur à nu,
C'est donc qu'elles ont quelque chose
De plus sensible qu'on ne croit.
C'est qu'elles ont un petit moi
Parmi leur collerette rose.
C'est que le monde végétal
Enraciné dans le silence
Sent comme nous, sans doute pense,
sans doute a son bien et son mal.
Que savons-nous des fleurs ? Peut-être
Que leur parole est leur parfum ?
Peut-être qu'elles sont quelqu'un
Qui nous voit dans l'ombre du hêtre ?
Naissant comme nous pour mourir,
Nous les imaginons inertes.
Et pourtant nous savons bien, certes,
Que vivre veut dire souffrir.