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1901

PANEM NOSTRUM

Lucie DELARUE-MARDRUS

Il faut, dans la tiédeur estivale des jours, Aimer le blé nouveau sorti des bons labours Dont les épis égaux penchent leurs têtes mûres. Houle ou repos ; silence ou concert des murmures ;

Marée où disparaît la motte et le lopin, Autour de qui le vent fleure déjà le pain De par la floraison en masse des fécules, Sous les ciels envahis du sang des crépuscules,

Des gris troubles de l'aube ou du bleu des midis ; Puis aimer l'homme, alors prêtre auguste, tandis Qu'il courbe jusqu'au sol son échine asservie Et mêle sa besogne au grand œuvre de vie

Dans l'étreinte du geste intime qui l'unit A pleins bras, à pleins corps, à ce froment béni, A cette toison d'or dont frissonne la plaine D'où naît, pour assouvir l'immense faim humaine,

Refaire chastement et saintement la chair, Le pain quotidien qu'enseigna la Pater !

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