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1902

ORGUE DE BARBARIE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Si tu meurs aux trois temps d'une valse lointaine, Suranné souvenir, sentimentalité ! Seul, te conserve encor quelque fidélité L'orgue de Barbarie où pleure ta rengaine.

Les fantômes de ceux qu'autrefois tu plias Sous ton joug, sortent tous de la vieille musique : Le Boulevard de Gand y danse, et la phtisique Marguerite Gautier, Dame aux Camélias.

Le clair de lune, ancienne histoire, est dans la boîte Et mêle sa douceur à ces rythmes rouillés Où, passionnément, l'âme des parcs mouillés Sanglote avec l'amant conte une épaule moite…

Grandes dames aux doigts pétrisseurs de gâteaux Qui relisiez, les soirs, Monsieur de Lamartine ! O nuits d'enlèvement, diligence argentine, Tremblotante bougie aux vitres des châteaux,

Il faut mourir avec cet orgue, tous et toutes ! Mourir en nous avec vos grands événements. La fièvre d'aujourd'hui chauffe d'autres romans Que vos folles amours à grelots sur les routes.

Nous sommes l'âge abstrait du drame des cerveaux, L'aventure y demeure au fond de la pensée… Quant à la passion, elle est déjà passée Au galop pommelé de vos quatre chevaux !

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