Skip to content
1918

ORAISON

Lucie DELARUE-MARDRUS

Diurne mer, ma grande pâle, Toi dont je fus toujours l'enfant passionné, Mer, si de ta rumeur qui murmure ou qui râle Je sens que mon esprit est né,

Mer nocturne, ma grande noire, Toi dont je suis la fille éperdue à jamais, Seule force vivante à qui je me soumets, Mer, ô mer, toute mon histoire,

Veuille vivre toujours en moi, Informe et si précise, exacte et si fantasque, Veuille que ton grand vent délivre de son masque Ma face qui pleure d'émoi.

Mer, que parfois la lune argente, Veuille ne point cesser d'inspirer mon tourment. Désaltère et nourris de ta splendeur changeante Ta visiteuse au cœur d'amant.

Debout parmi l'herbe salée, J'ouvre vers toi mes bras somme on fait pour quelqu'un. Si loi, et si longtemps que je m'en sois allée, J'ai gardé sur moi ton embrun.

Beaucoup plus que tout ce que j'aime Je t'aime ! Car je suis de ta race, la mer ! Oui, comme les varechs et les algues que sème Ton reflux sur le sable amer.

Ivre de toi, vers toi je crie. La mer ! La mer ! A moi ! Je te veux, élément, Simplicité, mystère, ampleur, rythme, furie, Éternel renouvellement !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
ORAISON · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove