Notre-Dame de Grâce, ô vétuste patronne Des pêcheurs et des matelots, Dame de bois et d'or à la belle couronne Qui loges au-dessus des flots,
Veuille à jamais bénir, tout au bas de la côte, Honfleur, ma ville aux deux clochers, Qui descend jusqu'au bord de la mer basse ou haute Parmi de grands filets séchés.
Voici le petit port et ses bassins verdâtres, Sa lieutenance d'autrefois, Ses maisons à pignons dont s'effritent les plâtres Entre leurs poutrelles de bois.
Voici les bateaux bruns, usés un peu, qu'allège Leur voile, aile de goéland, Rivés le long des guais dans l'éternel relent Des goudrons et bois de Norvège.
Voici tout grisonnants, coiffés de leurs bonnets De laine tricotée et vieille, Ces pêcheurs que depuis trois cents ans tu connais, Portant l'anneau d'or à l'oreille.
Voici les matelots, mousses et débardeurs, Tous gens de roulis et de houles, Et, de même, voici les poissardes leurs sœurs, Et celles qui cueillent les moules.
Tout ce peuple salé lève vers toi les yeux, C'est lui qui te nomma sa reine, Sainte Vierge de mer, madone un peu sirène, Toi son unique merveilleux.
Certes, on le sait bien, ces gens-là sont ivrognes, D'alcool leur cœur est saturé, Mais ; n'es-tu pas, Marie, au-dessus de leurs trognes, Ce qui reste d'un peu doré ?
Dans l'orage hurlant ou sur la mer muette, Gardienne de jour et de nuit, Aux côtés de la barque, invisible mouette, N'es-tu pas celle qui les suit ?
Et ne savent-ils pas, au milieu des bourrades, Penser à quelque humble ex-voto, Et, quand ils vont sombrer loin des ports et des rades, Te promettre un petit bateau ?
Vois ! leur reconnaissance encombre ta chapelle, Plaques de marbre, cierges droits, Et ces barques qu'ils font, longues comme deux doigts, Joujoux de bois et de ficelle.
Tout cela, pour orner tes deux pieds triomphants, T'arrive du fond des naufrages. Toute l'immense mer avec ses grandes rages T'honore en ces cadeaux d'enfants.
C'est pourquoi sois-leur douce, ô Dame maritime ! Garde-leur l'amour puéril Que tous ils ont pour toi, naïvement intime, Dans la misère et le péril.
Patronne des marins, l'existence est si dure… Sois toujours celle d'autrefois, Et protège et bénis toujours dans sa verdure Honfleur, la ville de guingois.
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