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1901

OPALES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Dites, la chaîne d'or qu'entre vos doigts artistes Vous maniez et balancez, S'il y pend ces opales tristes Est-ce lorsque vos yeux sont laissés

Baissés Pour quand même un rappel de vos prunelles chères Si claires ? Contre vous ces bijoux, où revit, croirait-on,

Dans le très peu qu'est un chaton L'immense qu'est un crépuscule, Comme une goutte minuscule Bascule,

Tremblent comme pour choir avec un point brûlant Au flanc, Et la lutte s'engage en reluisances vagues Entre elles et vos glauques bagues

Et vos très fantasques iris Verts, gris, Ou bleus suivant l'instant ainsi que l'onde étrange Qui change.

Mais, lorsque le chagrin mouille votre regard Ou bien quelque émotion d'art, Quelle allusion saisissante ! Chaque opale phosphorescente,

Glissante, Figure l'un des pleurs que distillaient en eux Ces yeux. Et, presque, l'on voudrait tendre une main ouverte

A la prunelle bleue et verte Quand les larmes vont y monter Pour à ses paumes emporter Hâté,

Un peu de ces beaux yeux verseurs, flambants et pâles, D'opales.

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