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1902

OMBRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

En robe de deuil et sous ton chapeau sombre Où lui la tache de lune de tes cheveux, Demeure avec moi sans lumières, si tu veux Enchanter mon amour saturnien de l'ombre.

Je ne te vois que lorsque s'en vont tes contours Absorbés par le clair-obscur propice Où, seul, un coin de bouche accuse un maléfice Railleur, sous ton profil comme au temps des Cours,

Où tes yeux bleus troublés qui toujours fuient la gêne Du morose grand jour me fixent enfin, Pleins de la vérité de leur vice sans fin Triste et grand comme un rêve et sans honte ni haine…

Ainsi, tu seras le premier spectre du soir, Et je posséderai cette imprécise dame, Noire parmi des lys respirés sans les voir, — En un baiser muet plus profond qu'une lame.

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OMBRE · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove