Skip to content
1930

O TEMPS !…

Lucie DELARUE-MARDRUS

O temps ! Je redeviens poétique et sans sexe Comme aux jours merveilleux du premier souvenir, Quand j'ignorais encor que l'on m'allait bannir Dans un monde bas et complexe.

Comment séraphin-né, fille de séraphins, Suis-je donc devenue une femme ! une femme Avec tous ces tourments, tous ces drames dans l'âme, Ces commencements et ces fins ?

Je n'aurai nul regret de cette âpre jeunesse Qui cherchait, qui cherchait et qui ne trouvait pas. J'abandonne, empressée, avec un geste las, Ma jeunesse, ce droit d'aînesse.

Mes passions battaient, lames sur le récif, Et je ne savais plus les candeurs et les charmes. Mais je gardais du moins ce cœur inoffensif Parmi les bonheurs et les larmes,

Ce cœur inoffensif qui n'est point de ce temps De lutte sans merci, d'impudeur et de ruse, Ce cœur inoffensif que repaît et qu'amuse Son rêve aux récits palpitants.

Vivre seule en rêvant et rêvant… Je retrouve L'hypnose de l'enfance étonnée aux grands yeux. Je ne suis plus, parmi les loups, la jeune louve Amoureuse, hurlant comme eux.

Le monde redevient mystérieux et chaste. Art à l'intérieur et nature au dehors. Je vis ! Je vis heureuse et seule de ma caste, Avec ma famille de morts.

O mon front éclaté de travail et d'étude, Que de jeunesse encor et de charme pour nous ! O bonheur d'être entrée encor jeune au très doux Carmel de cette solitude !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
O TEMPS !… · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove