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1910

[no title]

Lucie DELARUE-MARDRUS

O mer ! Fond de ténèbre et surface qui brilles, Toi qu'on ne peut marquer d'un durable sillon, Je viens ici, vindicative entre tes filles, Adorer ton caprice et ta rébellion.

Mer changeante à jamais, pourtant toujours toi-même Depuis les premiers jours du temps illimité, Mer sans maître, éternel conseil de liberté, Permets qu'un-cœur humain s'enthousiasme et t'aime.

Mon désir ne peut pas me creuser un chemin Jusques au plus caché de ton secret royaume, Mais je puis, me penchant, te prendre dans ma paume Et boire Vin fini dans le fond de ma main.

Mon désir ne peut pas me creuser un chemin Jusque s au plus caché de ton secret royaume, Mais je puis, me penchant, te prendre dans ma paume Et boire Vin fini dans le fond de ma main.

Ce sel contre mes dents, c'est celui des eaux pâles Qui vont s"assombrissant jusqu'au domaine obscur Où tu n'es plus, miroir du ciel, gouffre d'azur, Qu'un flot de nuit hanté par de lumineux squales

Nous contenterons-nous de l'esprit inconnu Qui mène ta surface à jamais fluctueuse ? Nous contenterons-nous que ta vague trop creuse Soit la place d'un corps énigmatique et nu ?

Laisse-nous oublier que de grands paysages Nocturnes sont en toi pour toujours submergés. O mer ! Jette à nos pieds tes plus clairs coquillages, Que nous ne songions plus à tes sombres vergers.

Te voici dans ta grâce et ta géométrie, Dans ta furie horrible et ton auguste paix. Errons parmi ton sable, ivres de tes aspects, Sans plus pleurer ta profondeur, cette patrie.

Entre des cyprès noirs et-des orangers blancs, Je t'ai connue étale et méditerranée, Et tu te souvenais dans tes calmes élans D'avoir baigné jadis l'hellade, cette aînée.

A travers des buissons de ronces et de houx, Au rythme dur des flux et reflux retractiles, Je t'ai connue au nord, comme au temps où les Roux, Les grands iarles, quittaient leurs neigeuses presqu'îles.

Je t'ai connue ici, là-bas, de loin, de près, J'ai revêtu le voile ardent de ta nuance. C'est encor toi que j'aime et travers les forêts, Quand l'ouragan reprend la voix de ta démence.

Dans tout ce qui m émeut de faible ou de puissant, Je me souviens de toi qui hantes ma pensée. Ta mémoire est en moi pour toujours enfoncée, Ton rythme multiforme est resté dans mon sang.

Pour moi, la vie a ta douceur ou ta tempête, Ton royaume secret, ton flux et ton reflux. Parfois mon désespoir est une grande fête Où tournent tes oiseaux marins aux cris aigus.

Je t'atteste en mon cœur, possession immense ! Toi seule je te peux reconnaître et chérir, Mer, éternelle joie, éternelle souffrance, Mer, dont je ne peux pas et ne veux pas guérir !

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