J'ai besoin chaque jour de revoir dans la glace
La triste maigreur de mon corps,
De regarder mes mains dont les gestes sont morts
Et de sentir qu'en mes genoux la force casse.
J'ai besoin de cela pour savoir qu'à présent
Je ne suis qu'une vieille femme,
Car rien n'a révélé jusqu'ici dans mon âme
Ni même sur mes traits cet âge déplaisant.
Je suis jeune en esprit et presque de visage,
Jeune de mes cheveux foncés,
Jeune surtout d'avoir, en dedans, le même âge,
Le même flamboiement qu'en mes plus beaux passés.
C'est ainsi. Quelquefois, oubliant l'existence
Qui m'est faite dorénavant,
Je crois pouvoir bondir à cheval dans le vent,
Car tout mon être reste, à jamais, en partance.